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Un avis sur Aristide Nepo
Mercredi 27 septembre 2006

Cela faisait quinze jours que le village de Crambesure s’était mis sur son 31. Le grand professeur Sourdingue venait donner une conférence sur le tympan, thème de recherche qui lui avait valu le prix Nobel il y a quelques semaines.

 

Tout le monde se tamponne du tympan, mais un Nobel à Théodule, cela n’était arrivé qu’une fois, quand Pierre Gilles de Gènes avait traversé en trombe le village après avoir emprunté la mauvaise sortie d’autoroute.

 

Alors pour faire plaisir à Louis Sourdingue, la ville s’était parée de ses plus beaux atours faisant honneur à son hôte d’un soir : les rues arboraient de gigantesques oreilles, une camionnette annonçait à qui veut l’entendre la date et le lieu de la conférence. On pensa même inviter le Prince Charles, Dumbo et Mickey, bien connu pour leurs écoutilles aux dimensions exceptionnelles, mais aucun ne put se libérer. On lança un concours pour déterminer qui avait les plus grandes oreilles, qui avait la meilleure ouie. Le bar du village changea de nom et fut rebaptisé « A la trompe d’Eustache », des statuettes à l’oreille cassée furent disposées aux rebords des fenêtres. Même l’institutrice mobilisa la classe unique du village pour la rédaction de poèmes autour du verbe entendre qui furent affichés dans la salle des fêtes et largement diffusés par la feuille de chou municipale.

 

Tout ce que le village comptait d’être humain s’était déplacé. La salle était comble comme jamais elle ne l’a été et tout le monde attendait la venue du scientifique.

 

Mais il ne vint pas. Ses papiers n’étaient pas tout à fait en règle et il était bloqué à l’aéroport par un douanier sourcilleux qui ne voulait rien entendre. La rumeur parcourut la salle et quand le maire confirma l’absence du chercheur, les expressions se firent plus violentes. Les coups volèrent entre les partisans du scientifique, insultant les douaniers et plus généralement les fonctionnaires. Les fonctionnaires se rebellèrent et aidés des religieux s’en allèrent taper sur ceux de leurs voisins qu’ils considéraient comme scientistes. Les sceptiques, les athées et les laïques crurent bon de s’en mêler au nom de la sacro-sainte séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le maire se retrouva entre l’enclume, le marteau et la faucille et n’eut d’autre acte de bravoure que de s’enfuir au plus vite. Son adjoint le rattrapa et le fit pendre pour désertion au moment où la ville était à feu et à sang. Tous les belligérants se retrouvèrent sur la place du village et dans un élan funeste, livrèrent bataille si vigoureusement et courageusement qu’au sortir de la journée, nulle âme humaine n’avait survécu.

 

Tant et si bien qu’on n'entendit plus jamais parler du village de Théodule, malgré la visite d’un prix Nobel qui avait deux heures de retard.

Par Oscar Salvador - Publié dans : Nouvelles
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